Léon Trotsky : La milice ouvrière(6 février 1934) [Source Léon Trotsky, Œuvres 3, Novembre 1933 – Avril 1934. Institut Léon Trotsky, Paris 1978, pp. 223-225, voir des annotations là-bas] La milice ouvrière est l’arme la plus acérée de la lutte de classes. La lutte de classes trouve son expression la plus consciente dans le parti. Le rôle du parti, de même que le rôle de la milice ouvrière, croît en même temps que l’exacerbation de la lutte de classes. Dans la milice entrent les éléments les plus combatifs, les plus révolutionnaires, les plus dévoués du prolétariat et, avant tout, du parti lui-même. C’est pourquoi le parti révolutionnaire ne peut donner procuration pour des détachements de combat à une autre organisation qui agit avec d’autres méthodes, et qui poursuit d’autres buts. Actuellement, il est vrai, la tâche de la milice ouvrière a un caractère non pas offensif, mais défensif, vu le régime fasciste qui menace non seulement les partis révolutionnaires, mais aussi les partis réformistes. Cependant cela ne change rien à l’affaire. La milice ouvrière n’est pas une simple organisation technique qui se trouverait « en dehors de la politique ». Le parti révolutionnaire et le parti réformiste comprennent que la milice ouvrière est, au contraire, l’arme la plus acérée de la politique. Entre organisations révolutionnaires et réformistes, cela va parfois jusqu’à la guerre civile. C’est pourquoi ni le parti révolutionnaire, ni le parti réformiste, ne veulent ni ne peuvent confondre les rangs de leurs partisans dans une même milice commune. Les réformistes diront à leurs propres ouvriers : « Nous sommes d’accord pour nous défendre, avec les communistes, contre les fascistes, mais nous ne pouvons pas permettre aux communistes de nous entraîner dans quelque aventure, nous voulons décider nous-mêmes quand et avec qui nous nous battrons. » Les communistes diront (devraient dire) : « Nous sommes prêts, les armes à la main, la main dans la main avec les réformistes, à défendre, s’il le faut, la rédaction du Populaire ou le local de la C.G.T. Mais pour nous c’est seulement une étape dans la lutte pour le pouvoir. Nous voulons apprendre graduellement à nos partisans à manœuvrer et à lutter, à battre en retraite, à se défendre et à attaquer. C’est pourquoi nous ne pouvons confondre nos partisans avec les réformistes dans une même masse indistincte, ni mettre nos partisans pour un temps indéterminé sous le commandement réformiste. » Plus le mouvement pour la milice ouvrière se déploiera largement et avec succès, plus rapidement et plus résolument nous entendrons les arguments cités plus haut. S’ils ne se font pas encore entendre maintenant, c’est uniquement parce que le mouvement lui-même est encore dans les langes. Nous sommes pourtant tenus de prévoir le lendemain, afin que nos partisans ne soient pas pris au dépourvu. ★ ★ ★ Il existe certains milieux ouvriers, déçus par les partis et la politique, mais qui se rendent compte du danger fasciste : d’anciens communistes, des anarcho-syndicalistes, ou simplement de jeunes ouvriers combatifs, jusqu’aux-quels s’est étendue la déception de la vieille génération dans les partis. Des éléments de ce genre, particulièrement nombreux à Paris, sont enclins à répondre par le mot d’ordre de la « milice commune ». Ils rattachent à ce mot d’ordre toutes sortes d’illusions (on se débarrasse des partis, des scissions, des discussions, etc.). Nos jeunes camarades de la Jeunesse léniniste ont fait la tentative de faire naître un mouvement pour l’armement des ouvriers sous le mot d’ordre de la « milice commune ». En d’autres termes, ils veulent utiliser les illusions d’une certaine partie des ouvriers pour les pousser en fin de compte sur une voie progressive. On ne peut admettre une telle expérience qu’à la condition que : 1) La Vérité explique que le mot d’ordre de la milice commune n’est en aucun cas un ultimatum à l’égard des socialistes, des réformistes, des staliniens, etc. Nous organisons une milice commune avec ceux qui ont de la sympathie pour ce mot d’ordre ; nous sommes prêts à venir à des accords pratiques avec les organisations qui créent leur propre milice. 2) A l’intérieur de la milice commune, si elle se crée en fait, les membres de la Ligue créeront un noyau de leur organisation qui agira absolument et entièrement sous la direction de la commission exécutive de la Ligue. |
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