Léon
Trotsky : Notes d’introduction aux Discours prononcé à l’Assemblée plénière du Comité Central et de la Commission Centrale de Contrôle, 23 octobre 1927 [Léon Trotsky, La Révolution défigurée. Paris 1929, p. 167-168] Pendant les mois d’Août, Septembre et Octobre, la fraction stalinienne s’était employée à lutter contre l’Opposition en se basant sur les décisions du Plénum de Juillet-Août. En octobre arriva enfin le moment où la fraction dirigeante dut se décider à mettre son projet à exécution, le Plénum d’Octobre avait pour tâche non seulement d'éliminer Trotsky et Zinoviev du Comité Central, mais de préparer aussi les conditions nécessaires permettant d’appliquer : la politique, de répression à une vaste échelle. Le Plénum de Juillet-Août avait introduit dans les usages du Parti l'accusation que l’Opposition ne voulait pas défendre la République des Soviets contre les ennemis impérialistes. Dans la phase nouvelle, cette accusation malhonnête, bientôt usée, n’était déjà plus suffisante. Les dernières réserves idéologiques que Staline possédait furent étalées au grand jour. On lança dans la bataille l’histoire d'un certain complot militaire soi-disant, conçu par l’Opposition et en liaison avec elle. Cette liaison consistait en ce qu’un spécialiste militaire parlant à d’autres spécialistes, qui comme lui notaient, d’ailleurs pas des conjurés, mais auraient pu le devenir, prononça le nom de Trotsky ; il le fit non point dans le but de comploter, et sans aucune intention précise. Qu’importe ! on avait prononcé le nom de Trotsky, il y avait certains spécialistes militaires qui s’étaient trouvés ensemble; d’une manière générale, évidemment, il aurait pu y avoir une conjuration militaire. Il faut ajouter que le spécialiste militaire qui cita Trotsky (comme des milliers d’autres prononçaient ce nom pour des raisons diverses) se trouvait à l'époque delà conversation « criminelle » en Mongolie, c’est-à-dire en un endroit assez peu propice à la direction d’un coup d’État, s'effectuant à Moscou. Mais les agitateurs staliniens ont-ils pour devoir de spécifier la Mongolie et en général de s’occuper de géographie, quand ils interviennent devant les cellules du Parti ? Quelques spécialistes furent arrêtés, sans la moindre raison, semble-t-il. Menjinsky, président du Guépeou, présenta sur ce point un rapport au Plénum du Comité Central et de la Commission Centrale de Contrôle, lorsque la question de l’Opposition fut mise à l'ordre du jour. Même les partisans les plus obtus, les plus dépourvus de conscience, dé la fraction stalinienne, entendirent ce rapport avec un sentiment d’anxiété et de honte. L’amalgame thermidorien apparaissait trop grossièrement au jour. Certains membres de la majorité exprimèrent dans les couloirs leur indignation. L'échec de la machination stalinienne fut si patent à ce Plénum, que tous les orateurs qui suivirent, à l’exception de Boukharine n’ayant pas tous ses sens, évitèrent — soit prudence, soit répugnance :— de parler de cette question. Cela n’empêcha naturellement pas les agitateurs de Staline de continuer à empoisonner le Parti par des bruits, concernant le complot contre-révolutionnaire. L'exclusion de Trotsky et de Zinoviev à la veille du XVe Congrès ne fut que le préambule indispensable pour procéder à l’élimination de l’Opposition et à la déportation des oppositionnels actifs en Sibérie et en Asie Centrale. C’est ainsi que fut inaugurée une nouvelle étape du développement de la Révolution. |
Léon Trotsky > 1929 >